Revenir au site

Que nous apprend "Qui veut être mon associé" sur M6 ?

10 ans après Shark Tank, 15 ans après Dragons' Den et presque 20 ans après Money Tigers ("Mane no tora" en Japonais), voici donc sur M6 la version française de cette émission culte de tout entrepreneur / investisseur.

De nombreuses analyses de l'émission en elle-même ont été publiées dans la presse spécialisée. Pour ma part, l'idée est de simplement faire un point sur les différentes situations rencontrées par les investisseurs et les entrepreneurs au cours de l'émission (ici l'épisode 1) et de faire quelques commentaires personnels en regard de mon activité de tous les jours...

- Mehdi, entrepreneur dans le domaine de la réparation de valises : personnalité intéressante, avec un parcours assez bluffant, parti de rien, qui a d'ailleurs tout de suite séduit Marc Vanhove qui s'est reconnu en lui... Le business case fait penser à celui de la société Save, qui s'était développée très vite dans la réparation de smartphones notamment dans des corners de centres commerciaux, avant de vivre un redressement judiciaire. Ici, la marge brute est élevée, le risque de vol est plus faible que chez Save et le degré de technicité pour réparer les valises ne semble pas être trop élevé, ce qui est un avantage pour Mehdi et sa société, mais aussi un inconvénient car les barrières à l'entrée sont alors faibles. La pure société de service où la qualité de l'exécution sera la clé et fera la différence !

- Y Brush : typiquement le projet "d'inventeur" ou "d'ingénieur", intéressant sur le papier en soi, mais dont les fondateurs sous-estiment complètement les ressources nécessaires à l'adoption massive d'un nouvel usage tel que celui-ci. C'est le projet facile à faire financer par la BPI mais difficile à faire financer par la suite par des fonds privés et quasi impossible à déployer commercialement à grande échelle.

- Les cartes de Lulu : si le business ici est encore tout petit et que le sujet a pu être vu ailleurs, Marc Simoncini a quand même investi. Ce que l'on peut dire de cet investissement, c'est que c'est clairement un investissement sur la personne, en l'occurence Lucie. Elle n'a que 20 ans, parle très vite, est habitée et emportée par son projet, le finance en travaillant comme hôtesse de caisse... Bref, elle incarne tout ce que l'on a envie de suivre : dynamisme, travail, passion...

- TibTop : projet intéressant de protège-tibias connectés permettant de revenir sur les actions et trajectoire des joueurs d'un match de foot. Bakary le fondateur demande 40k€ pour 5%. Marc Vanhove lui fait une offre à 120k€ pour 20%, soit une valorisation inférieure à celle demandée par Bakary, mais un montant supérieur. Bakary décline et accepte plutôt l'offre de Catherine Barba, de 40k€ pour 5%, soit exactement sa demande. A première vue on pourrait se dire que c'est un choix étrange au vu des compétences et du réseau de Marc Vanhove dans le foot (sa société Bistro Régent est sponsor principal des Girondins de Bordeaux). Cependant, si j'ai bien compris son explication qui n'était pas complètement claire après montage, Bakary aurait déjà levé de l'argent et ne serait plus actionnaire que de 58% de sa société. Et donc en optant pour l'offre de Catherine Barba à 5% de dilution, il reste majoritaire dans sa société, alors qu'il serait passé minoritaire avec l'offre à 20% de Marc Vanhove... C'est donc plutôt sage !

- De Blangy : c'est hélas l'exemple parfait de l'entrepreneur qui ne maitrise pas ses chiffres-clés, et qui donc ne parait pas très crédible face à des investisseurs aguerris. On ne le dira jamais assez : répétez votre pitch et connaissez vos chiffres-clés sur le bout des doigts.

- La boulisterie : un cas intéressant. Les fondateurs ont bien bossé leur branding, c'est un projet sympa et coloré. Sauf que lorsque les Business Angels posent des questions, ils se rendent compte que l'équipe a déjà une société d'événementiel qui fait 1m€ de CA et qu'ils souhaitent lever de l'argent seulement sur la nouvelle structure, sans inclure le business événementiel qui tourne bien. Et donc Eric Larcheveque dit qu'il voudrait bien investir dans le tout, et non pas uniquement dans la nouvelle structure. Evidemment, on comprend qu'il veuille aussi être actionnaire d'une société qui fonctionne déjà, en plus d'une nouvelle qui n'a pas encore vraiment fait ses preuves. Mais surtout, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aucun investisseur n'a envie de mettre de l'argent dans une société tout en sachant que ses fondateurs ne sont pas à plein temps dessus. Car il est évident que ces 2 fondateurs vivent grâce aux revenus tirés de la société d'événementiel. Or, une société, cela prend du temps à diriger. Et donc ce temps ne sera pas investi dans le projet "boulisterie"...

- Constant & Zoé : je ne vais pas revenir sur le fond du sujet ici car tout a déjà été écrit ! Par contre, ce qu'il est intéressant de noter d'un point de vue "investisseur", c'est que Sarah arrive en disant "mes investisseurs historiques remettent au pot", ce qui est rassurant pour des nouveaux venus. Autre point intéressant ici, Marc Vanhove trouve que le CA généré est faible par rapport à l'argent qui a déjà été injecté dans la société : on touche ici une notion de "capital efficiency". En effet, certaines sociétés ont intrinsèquement tendance à consommer plus de capital que d'autres et souvent les investisseurs vont préférer les sociétés les moins gourmandes en capital proportionnellement, celles qui seront les moins "capital intensive".

Par ailleurs, dans ce dossier, on est évidemment en présence d'une personnalité entrepreneuriale exceptionnelle, avec un mental d'acier et ça, ce sont des points en plus dans la balance des investisseurs...

Corentin Orsini - fondateur de Super Capital et Angel investor

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK